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vue valeyres haute

Histoire

 

Valeyres-sous-Ursins,  la campagne proche de la ville.

 

De sinople à deux fasces ondées d’argent, à la coupe d’or brochante.

Faisant anciennement partie de la seigneurie de Belmont, ce village eut jadis sa famille de chevaliers, portant le nom de la localité mais dont les armes ne sont pas connues. C’est pourquoi la commune a adopté en 1928 des armoiries d’inspiration plus moderne : elles ne diffèrent de celles d’Yverdon, chef-lieu du district, que par l’antique coupe de communion de Valeyres, classée comme monument historique.

Présenter un village, c’est présenter ses habitants, son infrastructure, son histoire. Celle-ci est faite par les gens qui au cours des siècles ont habité ce lieu, subissant comme nous les aléas de la vie.

Notre population n’a que peu progressé depuis un siècle, allant de 190 âmes en 1920 à 242 habitants en 2020, soit une progression de 0.24% par an

En cette période de pandémie de Covid, on peut se souvenir que les virus et autres microbes ont toujours fait partie de notre quotidien, se rappelant méchamment à notre souvenir au cours des siècles. Ainsi les archives cantonales nous apprennent que la plus ancienne mention d’une «association intercommunale» nous concernant date du 24 novembre 1415, date à laquelle les communautés d’Essert-Pittet, d’Ependes, de Suchy, d’Ursins, de Gressy et de Belmont décidèrent de construire une maladière sur le territoire de Valeyres-sous-Ursins. C’est donc par le volet social et sanitaire qu’a débuté notre modeste contribution «au social» pour la région. La fin des grandes épidémies sonna le glas de cette association et il fallut attendre un demi-millénaire pour que la commune rejoigne l’entente scolaire d’Yverdon-les-Bains en 1967, y transférant par la même occasion ses jeunes têtes avides de savoir. C’est finalement par le biais des égouts que se fit en 1995 notre dernière grande collaboration intercommunale, soit l’entente intercommunale de la STEP avec la commune voisine d’Ursins. De l’autre côté du processus, nous avons la chance de disposer de notre propre source d’eau, généreuse même en cas de sécheresse, et dont nous étions fiers jusqu’à-ce qu’un produit au nom imprononçable y fit sont apparition, le chlorothalonil. Ce produit jusqu’alors présent mais discret fut mis en lumière en 2019, brisant pour un temps notre fierté de vivre en «eau-tarcie».

Toujours en lien avec l’eau, notre ancien moulin dit «de Gressy» était déjà en activité en 1334 et l’est resté jusqu’au début du XXe siècle. Cette zone un peu à part du village s’est même lancée récemment dans un processus de sécession en se proclamant «république libre». Ce lieu bien connu des milieux artistiques représente bien les changements intervenus dans notre société ces dernières décennies, qui nous a vu basculer progressivement d’une communauté essentiellement agricole à une société plus diversifiée, avec une forte présence de la culture dès lors que nombre d’artistes ont pris racine dans notre terreau et s’y sont développés. 

Nous avons par exemple un harpiste international, qui a une adresse à New York et une autre à Valeyres, comme cela apparaît sur sa carte de visite. Avoir ces deux localités sur une même carte de visite n’est pas banal. Si nous savons tous où se trouve New York, je me mets volontiers à la place des New Yorkais qui se demandent avec une curiosité restée probablement sans réponse «Where the heck is Valeyres-sous-Usins?». Il est compréhensible que des New Yorkais se posent avec angoisse cette question existentielle. Cependant, il n’y a pas besoin d’aller si loin pour lire l’étonnement ou la perplexité sur les visages à la seule évocation de notre commune. Quelques kilomètres suffisent déjà. Ainsi, parmi ceux qui lisent ces lignes, je gage que bien peu savent où nous situer. Quelques amateurs de géographie cantonale nous avaient probablement situés à tort dans les contreforts du Jura, là où se trouvent nos communes homonymes. Non, pour nous trouver, il faut quelques notions de géométrie et tracer une bissectrice entre les routes de Moudon et de Lausanne en quittant la capitale du Nord Vaudois, tout en prenant soin de ne s’éloigner que de quelques lieues vers le sud. 

Nous ne sommes qu’à un jet de pierre d’Yverdon. Est-ce cela qui a incité un artiste tailleur de pierre bien connu à venir s’y installer ? Ou est-ce la vue sur le Jura qui nourrit son inspiration ainsi que celle de son épouse, elle-même illustratrice et peintre ? 

Il y a quelques années de cela, j’aurais mentionné la vocation agricole de notre commune. A l’instar d’un petit village gaulois, nous résistions vaillamment aux habitudes citadines et à l’éloignement de nos racines. Car elles remontent à loin ces racines. Le premier village date de la fin de l’âge du fer. A l’époque il s’agissait d’un oppidum, possiblement en lien avec celui de Sermuz, surplombant de quelques dizaines de mètres la plaine de l’Orbe tout en restant au sec. C’est de là que nous tirons notre sobriquet de «Molards». A l’époque romaine, nos ancêtres ont voulu prendre un peu de hauteur et ont déplacé le village de quelques centaines de mètres, à mi-chemin de la colline sur laquelle se fixera finalement le village au Moyen-Âge, à une altitude d’environ 550 m, ni trop haut, ni trop bas, mais avec une plus belle vue. Le nom du village s’écrira d’abord Valeriis vers 1141, puis Valeres entre 1151 et 1200. Plus tard ce sera Valaire, puis Valleyres et enfin Valeyres. 

L’emplacement permettait probablement d’être en vue directe sur les châteaux de Belmont et de Grandson, desquels les chevaliers de Valeres étaient vassaux. Les Seigneurs de Valeres étaient mentionnés en 1184 et seront les derniers nobles chevaliers en fonction dans la Seigneurie de Belmont. Deux siècles plus tard, le prénom de l’un d’eux, Henri de Valeres, cité en 1404, deviendra progressivement le nom de cette famille de chevaliers, les Henry. Avec les familles Beney, Chapuis et Miéville, ce sont les familles historiques de la commune, toujours présentes aujourd’hui dans le village. Ce n’est que plusieurs siècles plus tard et principalement à partir du XXème siècle que d’autres familles s’y installeront en lui donnant son caractère actuel. Si les familles présentes au Moyen-Âge sont toujours là, c’est donc que l’on s’y plait. Point de consanguinité cependant, car les bals champêtres, les discos mobiles puis les sorties en boîtes ont toujours permis aux habitants de trouver chaussure à leur pied à l’extérieur du village. Il est à relever que quelques habitants ont même quitté par amour la Côte pour venir s’installer chez nous, au grand dam de leurs amis restés dans une totale incompréhension quant au fait que l’on puisse quitter le Léman pour aller se cacher dans le brouillard du Nord-Vaudois. Malgré un climat plus rude qu’au sud de notre beau Canton, la terre y est fertile et propice à la recherche. En effet, il y a plus d’un siècle de cela, un ancien syndic, Jean-Louis Beney, créa sa variété de pommes-de-terres et la vendit en France et en Allemagne, faisant quelques peu la renommée de notre village dans ces contrées alors lointaines. Ses contacts professionnels devaient également se demander «Wo ist eigentlich Valeyres-sous-Ursins?». 

De cette grande épopée agricole, il ne reste aujourd’hui que huit exploitants dont trois à plein temps. Les temps changent là aussi mais la majorité des habitants gardent un lien avec la terre, avec des parents ou des grands-parents qui sont ou furent agriculteurs. 

Si le village n’est pas connu, c’est peut-être dû au fait qu’il fait partie de la «vallée de la soif» tant décriée par les facteurs de la grande époque, celle d’avant le minutage postal, puisque depuis là il fallait traverser plusieurs villages sans le moindre bistrot si l’on désirait se rendre à Bercher. Seuls les habitués des lieux savaient qu’il y avait de nombreux «oasis» dans la commune, traduits en vaudois par carnotzets, où le voyageur égaré pouvait se désaltérer avant de se remettre en route et tenter un retour parfois incertain jusqu’à son lieu d’habitation. Ces «oasis» d’autrefois ont depuis lors presque tous disparu, remplacés il est vrai par les «apéros de l’été» et par les «fenêtres de l’Avent», occasions idéales pour rencontrer les habitants du village et tremplins pour l’intégration, en tout cas quand les virus ne s’en mêlent pas. D’ailleurs c’est bien une coupe qui orne notre drapeau, preuve de l’ancienneté de ces communions. Peut-être reste-t-il malgré tout un sentiment de soif puisqu’un habitant, artiste ayant par amour quitté la capitale vaudoise, s’est lancé dans une production de bière non seulement locale mais également très confidentielle. 

Côté infrastructure, nous disposons d’un congélateur communal, ancienne «reconversion professionnelle» du four à pain communautaire, d’un pressoir et d’un refuge, lui-même adapté aux nostalgiques du Canada, puisqu’il est construit avec des rondins de bois assemblés selon un savoir-faire québécois, ce qui lui donne un petit air de chanson. 

C’est donc par le biais de la location de cette grande cabane canadienne que je vous invite à venir découvrir notre petite communauté.

 

Texte de Stéphane Henry (Syndic de Valeyres-sous-Ursins 2016/2021)